dimanche 24 mai 2009

Foutu supermarché.

Dans cet univers de fous et de psychopathes subsistent heureusement les scientifiques. Les scientifiques sont là pour donner un brin d'espoir en l'avenir. Ce sont les têtes pensantes de la planète. C'est grâce à eux que nous vivons plus longtemps, que nous mangeons de mieux en mieux, que nous sommes irradiés par les déchets nucléaires, que nous mourrons dans des guerres biologiques, merci à eux pour ce monde nouveau qu'ils nous créent chaque jour.
La recherche est un domaine fascinant, lorsque l'on trouve ce que l'on cherche… Léo est dans son laboratoire, devant sa table d'expérimentation. Il est assez nerveux, son œuvre est enfin terminée, après trois mois de travaux acharnés et d’essais infructueux.
Nous arrivons au bon moment...
Le laboratoire de Léo est éclairé par une modeste ampoule suspendue au plafond. Cette pièce Léo y passe le plus clair de son temps depuis trois mois déjà, tout son temps, en fait. Il ne dort plus ou si peu, sa caféine c'est son œuvre, c'est grâce à ça qu'il tient le choc. C'est un endroit bizarre. Sans fenêtre. Au centre, une planche de contre-plaqué épais qui repose sur deux tréteaux prêts à rendre l'âme. Le long des murs, que l'on ne distingue plus d'ailleurs, des étagères. Pas le petit modèle en bois sculpté pour votre collection de figurines, non, des étagères lourdes et métalliques qui courent jusqu'au plafond. Sur ces étagères des tas de trucs, des ampoules, des câbles, des bidules, du matériel électrique, des caisses en carton, beaucoup de caisses, avec des codes étranges inscrits dessus, des chiffres, des lettres et des signes entrelacés. Sur une autre, une télévision décortiquée, un vieux poste de radio et des enceintes acoustiques, elles aussi en piteux état.
Léo a 27 ans. Il est né un jour d'orage, dans les montagnes du Jura, à l'est de ce beau pays qu'est la France. Il a vécu une enfance heureuse dans son Jura natal. A l'âge de 14 ans il rejoint Paris pour poursuivre des études en électronique. Le baccalauréat en poche à 13 ans, les gens de son entourage disaient de lui qu’il était un surdoué, et il faut l’avouer, ils avaient raison. Puis vint ce jour. Il était trois heures du matin. Il reçut un coup de téléphone lui annonçant que sa mère était à l'hôpital. Deux jours après l'enterrement, il disparut en Italie et se maria quelques années plus tard. Charlotte était belle au sublime, Léo avait trouvé un travail dans un laboratoire affilié à la recherche spatiale européenne. Un an plus tard, le petit Bobby vint remplir la maison de la banlieue de Turin de ses cris de bambin qu'il était.
De retour dans le laboratoire de Léo. Trois murs sont couverts de ce fourbis, sauf un. Le mur qui donne vers l'ouest est nu, avec un trou de un mètre de diamètre au centre. Un trou d'une noirceur terrifiante. Juste dans le coin à droite, un coffre. Pas un de ces coffres de pirates, un tout petit coffre en métal verdâtre, avec un cadenas blanc. Donc quatre murs dans cette pièce, trois recouverts d'un bazar de vieux objets étrangement hétéroclites et un mur troué, rien que ça, pas autre chose. Pas de porte direz-vous en faisant montre d’un sens de l’observation des plus aiguisé. Et bien oui, pas de porte.
Il y a trois mois de ça, Léo est parti avec sa femme et son fils, Charlotte et Bobby, en croisière sur le Nil. La femme de Léo avait toujours rêvé de faire un tel voyage. Les paysages étaient magnifiques et les jours trop courts. Mais cette nuit là, la vie de Léo a changé brusquement de route. L'équipage du bateau était réuni dans la cabine du capitaine. Soudain les moteurs n'émirent plus leurs ronronnements nasillards en signe de bon fonctionnement. Le capitaine appela la salle des machines et le technicien répondit qu'il n'y comprenait rien du tout. Les machines s'étaient tues d'un seul coup, et le bateau continuait sa course, comme un voilier sans voiles.
Puis tout se remit en marche sans prévenir, comme par magie.
Léo fut réveillé par la remise en marche des moteurs. Il se leva et palpa l'air de la pièce, puis sa main heurta la lampe de chevet. Il trouva l'interrupteur et la lumière envahit la chambre. Une chambre au mobilier en rotin et aux murs bleus du pire effet. Pour quelques sous de plus Léo aurait pu avoir une chambre avec deux pièces, Bobby aurait eu sa propre chambre, mais le contexte économique de la famille étant, il fallait se contenter d'une seule pièce bleue. D'ailleurs Bobby aime bien dormir sur un matelas pneumatique, ce qu'il aime moins c'est le fait de se lever en pleine nuit afin de le regonfler, mais après neuf mois dans la pire école qu’il ait connue, une croisière sur le Nil n'est pas si désagréable, alors Bobby était heureux. Mais Charlotte et son fils n'étaient plus dans la chambre. Une chose nouvelle était là. Sur le lit, à l'emplacement qu'occupait sa femme il y a deux minutes, un coffre en métal, de couleur verte, avec un cadenas blanc. Sur ce coffre, une lettre. Léo la saisit et commença sa lecture:
"Nous détenons votre fils ainsi que votre femme. Il ne leur sera fait aucun mal. A condition que vous suiviez les ordres qui se trouvent dans ce coffre. Si vous ne suivez pas nos instructions, vous ne reverrez pas vos proches. Le travail que nous vous demandons nécessite une grande intelligence, et aussi beaucoup de temps, vous avez tout le temps nécessaire, ce que nous vous demandons, c'est de réussir, réussir, c'est à ce prix que votre vie redeviendra celle qu'elle était, réussir. La clef du cadenas blanc est dans votre poche. Réussir."
Léo ne réagit pratiquement pas. Les choses lui paraissaient d'une clarté pure, aucune question ne pointait devant ses yeux, il fallait juste qu'il réussisse. Réussir, mais quoi ?
Voilà donc trois mois d’écoulés. Trois mois qu'il reste cloîtré dans cette pièce sombre. Son unique but est de réussir son œuvre, l'œuvre de sa vie, pour sa vie. Aujourd'hui est un grand jour, le jour où, enfin, il va pouvoir revoir sa femme et le petit Bobby. La pièce, où travaille Léo comme un forçat depuis tant de mois, est une cave. Une ancienne cave. La cave d'une maison abandonnée. Beaucoup de gens disent que cette baraque est hantée. Les gamins du quartier y vont de temps en temps pour se faire peur, mais les adultes racontent des histoires affreuses sur cette bâtisse qui a été construite il y plus d'un siècle. Des histoires de fantômes, de sorcières et de maléfices. Des histoires vraies. Mais l’autre vérité c'est que cette maison va être détruite. Elle gêne un puissant industriel. Lui, il veut un supermarché tout neuf pour sa petite ville. Tous les habitants sont bien heureux de voir détruire cette maison hantée, véritable verrue dans un quartier cossu. La prochaine sera utile disent-ils en un haussement d’épaule. Les gamins sont un peu tristes, ils vont perdre un formidable terrain de jeu.
Léo est enfin prêt, il se prépare à ce jour depuis longtemps. Devant lui, sur la table, son œuvre. Une caisse de métal. Un cube, en aluminium peut-être. Pas tout à fait un cube, il a cinq faces qui forment un cube, mais la sixième est étrange. Ce sixième coté n'est pas en aluminium, il est d'une couleur sombre. On a l'impression qu'il n'y a rien, que ce que l'on voit, c'est l'intérieur du cube, une boîte sans couvercle dont l'intérieur serait noir. Mais ce n'est pas ça. Il y a bien un couvercle. De profil on distingue parfaitement ce que c'est, une sorte de pyramide toute noire. Mais sur une face de cette pyramide, une lumière jaune, de la taille d'un ongle, clignote. Ce n'est pas un clignotement régulier, c'est comme un rythme tribal, des flashs aléatoires. Léo contemple ce cube surmonté d'une pyramide noire avec un flash jaune vif de la taille d'un œil. On dirait un œil. Un œil de rapace, le rapace cligne de l'œil très souvent. Ce truc jaune, ça a vraiment l'allure d'un œil de rapace. Léo fouille dans une caisse sur l’étagère à sa droite. Une caisse en carton sur laquelle une ligne de symboles bizarres a été écrite au feutre. Au bout de quelques secondes, Léo en sort une lampe de poche. Une lampe en matière plastique verte. Il a beaucoup de mal à l'allumer, elle est rouillée. Il faut préciser que l'air est très humide dans cette vieille cave. Assez humide et fraîche, et même parfaite pour entreposer quelques bonnes bouteilles, mais certainement pas faite pour y ranger du matériel comme celui qu'a Léo. Tout ce qui est ferreux, du marteau au tournevis, est rouillé. Mais l'œuvre de Léo ne comporte aucun point de rouille, sa surface est lisse et unie. Léo fouille dans une autre caisse en carton. Elle aussi a une ligne de symboles écrite sur le coté. Il en sort une sorte d'oscilloscope trafiqué. De face, l'appareil a l'air d'être neuf. L'arrière, lui, est un entrelacs de fils de toutes couleurs, de tous diamètres et de toutes fonctions, sans aucun doute. A propos des caractères sur la caisse où Léo a trouvé sa lampe de poche rouillée, le sixième et le huitième symbole sont grecs. Ils représentent la lettre xi, respectivement en minuscule et en majuscule. Les symboles deux et sept sont eux aussi d'origine grecque. Tandis que les autres symboles sont pour le moins étranges. Léo doit en connaître la signification pour les avoir écrit, mais à cet instant il est plongé dans la réparation de sa lampe de poche qui refuse de fonctionner. L'étrange oscilloscope fonctionne, lui, à merveille. Léo s'en sert pour, à priori, tester le cube d'aluminium. Il est presque hypnotisé par cet objet. Tout à coup, la pyramide qui surmonte le cube s'ouvre. Léo fait un pas en arrière et trébuche sur une caisse à outils, elle aussi complètement rouillée. De l'intérieur du cube jaillit une lumière aveuglante. Léo se protège instinctivement les yeux à l'aide de son avant-bras. Lorsqu'il retire son loup de chair et d’os, et entrouvre les yeux, la lumière aveuglante a disparu. Cette clarté foudroyante a laissé sa place à un halo de lumière éclatante. La pièce, jadis sombre comme un tombeau doit l'être, est maintenant éclairée d'une douce lumière par ce cube insolite œuvre de Léo. Il reste dans le coin de la pièce, interloqué, quand le cube se soulève seul de la table. Léo n'en croit pas ses yeux. Ca marche. Puis le cube se met à avancer. Il se dirige vers le trou béant du mur ouest. Soudain, la lumière dans la cave s'estompe. L'engin a pénétré à l'intérieur du trou.
Léo reste les jambes flasques, quelques secondes, adossé au mur, dans l'obscurité. L'ampoule du plafond vient de rendre ses derniers photons. Léo fixe la table où, il y a un instant, un engin de sa fabrication s'est mis en lévitation et est parti explorer le trou sur sa gauche, tandis que la lampe qu'il tient à la main se remet à éclairer dans une seconde vie. Recouvrant ses esprits, il décide de suivre le cube dans l'orifice. Le cœur de Léo bat très vite dans sa poitrine. Ce trou débouche sur un tunnel. Nul besoin de lampe-torche, le cube est là, à dix mètres de Léo. Il éclaire tout le tunnel de sa clarté si singulière. Il reste en lévitation à cinquante centimètres du sol et un léger sifflement se fait entendre.
Les yeux de Léo en disent long. Ce n’est qu’un début mais il va enfin revoir son fils et sa femme. Beaucoup de chemin a été parcouru en trois mois mais il en reste encore. Léo lâche un soupir de satisfaction et en un instant, comme dans un rêve, le plafond du tunnel s’effondre, ensevelissant Léo, sa lampe torche et le cube lumineux à quelques mètres de là. Léo décède sur-le-champ et le sifflement ne se fait plus entendre.
Une dizaine de mètres au-dessus, en surface, un bulldozer continue son travail de démolition. Le nouveau supermarché n'attend pas.
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De la musique bientôt...


Prochainement un mini album
livid oceans wish ink Lire la suite...

samedi 23 mai 2009

Et si oui mais alors non


23/05/2009
80 cm x 60 cm
toile, acrylique, encre de chine Lire la suite...

jeudi 29 mai 2008

Franges arrangeantes


29/05/2008
40 cm x 60 cm
toile, acrylique, encre de chine
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lundi 5 juin 2006

Sauf l'apparence


05/06/2006
38cm x 61cm
toile, encre de chine, acrylique
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samedi 20 mai 2006

Nébulidès


20/05/2006
38cm x 61cm
toile, encre de chine, acrylique
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jeudi 20 avril 2006

Les marais


20/04/2006
60cm x 92cm
toile, acrylique
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mardi 18 avril 2006

Les cycles en vert


18/04/2006
80 cm x 40 cm
toile, acrylique, encre de chine
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dimanche 16 avril 2006

Emeraudes dépassées


16/04/2006
32cm x 58cm
toile, acrylique, encre de chine
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vendredi 14 avril 2006

Les halogènes du futur


14/04/2006
61cm x 82cm
toile, acrylique, encre de chine
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